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[Chronique] Eh bien, dansez maintenant ! – Béatrice Nicodème

[Chronique] Eh bien, dansez maintenant ! – Béatrice Nicodème

eh bien dansez maintenant


Vaux-le-Vicomte, 1661. Le château tout entier s’affaire pour préparer la fête somptueuse que Nicolas Fouquet, surintendant du Roi, veut donner en l’honneur de Louis XIV. Dans cette effervescence, la jeune Perrette ne parvient pas à parler à Fouquet ; pourtant, elle doit lui remettre de toute urgence un message secret de la plus haute importance ! Heureusement, dans sa déconvenue, elle croise le chemin de La Fontaine, proche du surintendant, qui veut bien se charger de cette mission. Mais Perrette découvre que le message a disparu…

Merci aux éditions Nathan pour cette lecture !

Mon avis

Perrette est envoyée séance tenante par sa mère, remettre un message à Nicolas Fouquet. En effet, quelqu’un va attenter à sa vie lors de la fête qu’il organise chez lui pour le roi Louis XIV. Une fois sur place, elle fait la rencontre d’un jeune poète, Jean de La Fontaine. Jean va tout faire pour aider la jeune fille à transmettre son message, jeune fille qui va beaucoup l’inspirer dans ses futurs écris…

Ceci est une fiction historique, bien entendu, tout ceci ne s’est jamais déroulé. Mais on plonge directement dans les intrigues politiques de l’époque, aux côtés d’un poète singulier en manque d’inspiration. C’est donc un poche parfait pour les jeunes qui aborderont le sujet en cours d’année en classe et qui voudraient aller plus loin que ne le suggère le programme scolaire – et son petit prix plaira beaucoup aux parents.

Eh bien, dansez maintenant ! est une histoire qui se déroule sous fond de mystères à résoudre pour notre Perrette et La Fontaine. Le lecteur fait donc travailler son imagination pour tenter de deviner ce qu’il en retourne, et comment éviter les pièges qui se dressent sur le chemin des deux amis. Entre une Perrette qui garde les pieds sur terre, mais qui est trop pressée, ou notre poète rêveur, ça va tout de suite coller…

On croise – et je pense que vous l’avez deviné – beaucoup de personnages qui ont inspiré Jean de La Fontaine par la suite, et on comprend aussi comment il en est venu à comparer les humains aux animaux dans ses textes (le roi = le lion, l’homme qui en veut à Nicolas Fouquet = La vipère, ect…) et puis l’inspiration de certains personnages, à l’instar de Perrette, la fameuse porteuse de lait.

Le tout est écrit par Béatrice Nicodème, dont la plume est fluide et le vocabulaire varié, sans être complexe. C’est vraiment adapté aux plus jeunes, sans tomber dans l’infantilisation. Clairement, un poche qui satisfera petits comme grands…

[Chronique] Le testament de Marie – Colm Tóibín

[Chronique] Le testament de Marie – Colm Tóibín

le testament de marie


Mon fils s’était laissé capturer. Au cours des heures que j’ai passées dans cette maison avec ses disciples, j’ai bien vu que, pour eux, c’était dans l’ordre des choses. Son arrestation faisait partie des étapes nécessaires de la grande délivrance qui surviendrait dans le monde. J’ai failli leur demander si cette délivrance signifiait qu’il ne serait pas crucifié, mais libéré au contraire. Je me suis ravisée. Tous ces gens ne parlaient que par énigmes, et j’ai compris qu’aucune de mes questions ne recevrait de réponse claire. J’étais revenue dans le monde des idiots, des bègues, des contorsionnés et des malcontents.
Ils sont deux à la surveiller, à l’interroger pour lui faire dire ce qu’elle n’a pas vu. Ils dressent de son fils un portrait dans lequel elle ne le reconnaît pas, et veulent bâtir autour de sa crucifixion une légende qu’elle refuse. Seule, elle tente de s’opposer au mythe que les anciens compagnons de son fils sont en train de forger.

Merci à Net Galley et aux éditions Robert Laffont pour cette lecture !

Mon avis

Marie, mère de Jésus. Son fils vient d’être crucifié et elle est enfermée chez elle, avec deux de ses disciples qui veulent lui faire dire ce qu’elle n’a pas vu pour pouvoir écrire ce qui est aujourd’hui le livre le plus lu au monde : la bible. Ils tentent de construire un mythe sur son fils et ses proches, et elle refuse de jouer à ce jeux-là. En attendant la délivrance, Marie revient sur la vie de son fils…

Le testament de Marie est un texte très court (120 pages), mais il n’en a pas fallu plus pour revenir sur les passages visés par l’auteur. Colm Tóibín nous propose ici une autre vision de la vie du fils de Dieu : et si tout n’était qu’une mascarade ? Une vaste blague ? Et si Lazare n’était pas si mort que ça au moment de sa résurrection ? Et si le vin était déjà dans les cruches d’eau aux noces de Cana ? Bien sûr, tout cela nous est conté sous forme de suggestions, et chacun en fait l’interprétation personnelle qu’il veut. L’auteur ajoute également que les apôtres étaient mal vus par Marie et son décrits comme étant des gens un peu simplets, mais avec un mauvais fond :

 J’étais revenue dans le monde des idiots, des bègues, des contorsionnés et des malcontents.
Marie à propos des apôtres de son fils.

Marie n’est pas décrite ici comme la mère du sauveur de l’humanité, mais comme une mère tout ce qui a de plus simple et qui a cherché à protéger son fils de ce qui se tramait dans l’ombre. Elle voyait, selon le point de vue de Tóibín, son fils et ses suivants faire tout un tas de mises en scènes qui l’ont tout simplement menées à sa perte. Jésus était-il au final conscient que cela se terminerait ainsi, ou au contraire a-t-il été manipulé quand le vent a commencé à tourner pour sa petite troupe ?

Racontée du point de vue de Marie, l’histoire est très courte et donc se lit très vite. Mais c’est aussi grâce à l’écriture fluide de l’auteur et une bonne traduction de Anna Gibson. De plus, Tóibín a un vocabulaire riche, mais rien de bien complexe, ce qui rend la lecture agréable.

En bref, Le testament de Marie est une bonne fiction historique qui plaira à tous, et surtout à ceux qui aiment remettre en cause leurs connaissances. Pour ma part, ayant déjà lu la bible, imaginer une autre version de l’histoire ne m’a pas du tout dérangée !