Archives de
Étiquette : histoire vraie

[Chronique] Lettre à Hervé – Eric Sagan

[Chronique] Lettre à Hervé – Eric Sagan

lettre à hervé


Il y a 24 ans, tout a commencé par un cahier qu’Hervé n’aurait jamais du voir. Puis, il y a eu cette lettre. 24 ans après l’avoir écrite, 24 ans après avoir osé la donner à son destinataire, voici que la vie la renvoie à l’expéditeur, brute, touchante et drôle.

Pour parler de ce livre, il faut raconter l’histoire du livre lui-même.
Il était une fois un garçon d’une vingtaine d’années. Qui tombe amoureux d’un mec. D’un mec hétéro. Rien de très original.
Mais ce garçon se met en tête d’écrire une lettre. Dans cette lettre, il va raconter sa vie, son enfance, ses peurs, ses péripéties d’enfant normal, ou presque, péripéties touchantes, souvent drôles, parfois choquantes, toujours humaines.

Cette lettre il la donne à Hervé. Et il la donnera également plus tard à ses parents, en se rendant compte qu’il n’avait jamais rien écrit de mieux pour expliquer qu’il était différent.Des années passent. Il reçoit alors l’appel d’un inconnu : le psychologue de son père. Il apprend que son père s’était lui aussi servi de cette fameuse lettre, pour parler de son fils sur le divan. Pourquoi ce psy avait-il appelé ? Pour demander l’autorisation de faire lire cette lettre à un autre patient, dont le fils était gay, lui aussi. Pour l’aider à accepter son fils.
Cette histoire, vraie, et d’autres événements de la vie, allaient finir par convaincre l’auteur de publier cette lettre, sous forme de fiction, en préservant l’authenticité de l’original.
Voici donc “Lettre à Hervé”.

Merci à l’auteur et Livraddict pour cette lecture ! 

Mon avis

Une lettre. Puis une autre. Pour expliquer, pour être compris. Eric a écrit cette lettre à Hervé, une déclaration d’amour, dans un monde où on est prompts à juger bien vite. Alors Eric raconte son enfance, ses expériences, comment il en est venu à aimer les hommes. Comme le dit l’auteur, n’y voyez pas une romance avant de commencer ce livre, car ceci n’en est pas une.

Peut-on réellement critiquer et donner une note à un livre où l’auteur s’y dévoile sans fard ? L’expérience est ardue, mais on aime bien les défis sur OUAT. Car oui, Lettre à Hervé est une histoire vraie, c’est la vie de l’auteur qui est déroulée sous nos yeux. Eric se dévoile, avec ses erreurs, ses réussites, ses joies, ses peines, défauts et qualités… C’est très personnel, mais c’est ce qui rend ces lettres si touchantes, si poignantes.

Deux lettres. Dès que l’on ouvre ce livre et qu’on plonge dans le passé d’Eric, il devient impossible d’arrêter cette lecture, tant elle nous prend aux tripes. La première lettre, écrite à 24 ans, est celle que l’auteur a donné à Hervé, celle transposant sa vie. La deuxième, écrite à “presque quarante-huit, juste le double, c’est étrange“, en décembre 2015, est… dévastatrice. On en reste bouche-bée, on la relit, on veut être bien sûr de ce que nous avions lu quelques secondes plus tôt. On s’attend à tout, sauf à ça.

Que l’auteur soit gay et qu’il soit tombé amoureux d’un hétéro n’est, à mon avis, pas le sujet principal de Lettre à Hervé. C’est à mon sens une lettre plus axée sur l’acceptation et l’évolution d’un homme. On remonte l’enfance, l’adolescence. Les premiers émois, le rejet des autres, cette envie de rentrer dans le moule, même si on ne le souhaite pas, pour appartenir au groupe. Des idées que l’on pensait paroles d’évangile, et dont nous en pensons le contraire aujourd’hui – comme l’auteur sur les femmes, par exemple. Bref, la lettre d’une vie…

En bref, ce livre est une histoire vraie qui vous prendra aux tripes, et dont vous aurez du mal à quitter votre lecture tellement c’est prenant. Une lettre sur la vie, une déclaration d’amour, un beau message, c’est tout ce qu’est Lettre à Hervé.

[Chronique] Mon mari est un homme formidable, l’intégrale – Eve de Candaulie

[Chronique] Mon mari est un homme formidable, l’intégrale – Eve de Candaulie

mon mari est un homme formidable


Ici, la jalousie est un vecteur d’excitation intense. Tous vos repères se décalent doucement, subtilement et toujours plus profondément. Tout est possible : être une femme libérée, laisser les sens éveiller le corps, puis le laisser se laisser aller, afin que l’aventure devienne en elle-même un délicieux itinéraire. Suivez-moi…

Belles lectures indécentes,

Eve de Candaulie

Merci aux éditions La musardine pour cette lecture !

Mon avis

Eve et son mari sont candaulistes. Le candaulisme – comme ça, vous vous coucherez moins bête, rassurez-vous, moi non plus je ne connaissais pas cette pratique avant ma lecture de ce titre 🙂 – c’est quand l’homme éprouve du plaisir en exposant sa femme ou une image d’elle a d’autres personnes. Mais aussi, on parle de candaulisme quand une femme couche avec d’autres personnes (hommes, femmes, un seul, plusieurs…), et que son mari est consentant et qu’il regarde. Voilà pour la petite définition. Pour le placer dans le contexte de Mon mari est un homme formidable, celui d’Eve adore la prendre en photo et/ou la filmer pendant qu’elle se donne à d’autres personnes.

Et, petite originalité, Eve et son homme existent. Ceci est donc une histoire vraie – leur histoire – que nous livre Eve, sans fioritures. Une sorte de journal intime, donc, mais pas si intime que cela (l’on peut d’ailleurs retrouver Eve sur son site web).

 Assez étrangement mais tout à fait logiquement, le réel offrait une saveur plus intense en ajoutant des représentations encore plus tangibles aux illusions fantasmagoriques. Au coeur de la nuit les pampilles de verre des lustres ravivaient le flamboiement des vieux ors. Mon regard s’illuminait. Une lumière douce semblait s’être réanimée en moi, histoire de vivre à nouveau un peu plus fort. Tout, dans cet acte improvisé, était à la hauteur des réminiscences érotiques qu’il m’évoquait. La fracture s’estompait entre les faits et les caprices de l’imagination.

Les faits sont donc réels, et cela ne m’a pas plus dérangée que ça. Eve a une façon de raconter sa vision du candaulisme et de ses parties de jambes en l’air tout juste émoustillante, pleine de complicité, un peu comme une meilleure amie qui raconte ses dernières histoires de fesse, à sa façon. Bref, rien de bien gênant si c’est ce que vous vous demandiez. De plus, le thème de la liberté sexuelle et de l’épanouissement est très présent et l’on comprend très vite que c’est ce que prône l’auteure : la liberté, le consentement, prendre du plaisir, se laisser aller… autant de valeurs saines que l’on ne peut qu’approuver !

Le tout est assez plaisant à lire, malgré quelques longueurs quand Eve raconte son point de vue sur telle ou telle situation. Comme pour Femme de vikings, j’ai lu l’intégrale, bien que Mon mari est un homme formidable ai été publié initialement en six épisodes, illustrés de photos tirées du site d’Eve, le tout divisé en chapitres. Bref, de quoi tenir le lecteur en haleine sans que cela soit forcément répétitif.

Le premier épisode est gratuit, est vous auriez tort de ne pas en profiter…

[Chronique] Et si on se prostituait ? – Eva Giraud

[Chronique] Et si on se prostituait ? – Eva Giraud

et si on se prostituait


« J’ai cherché du boulot pendant quatre ans. Avec acharnement. Deux heures par jour, cinq jours par semaine. Je n’ai pas eu un seul entretien. J’ai postulé, cent fois, deux-cents fois, postulé encore. Et puis j’ai arrêté de compter.
J’ai 25 ans, je suis au chômage mais ne touche pas le chômage. Que faire quand on ne rentre pas dans les cases ? Eh bien, on fait comme moi, et comme des milliers d’autres : on cherche, on s’occupe, on travaille pour la gloire, et on prend ça avec humour. Et surtout, parfois, on a envie d’étrangler les gens qui nous disent que “quand on veut on peut”. »
Elle s’appelle Eva, elle cherche du travail depuis… toujours ? Oui c’est plus ou moins ça. Vous connaissez tous une « Eva », nous sommes tous concernés de près ou de loin par sa situation. Heureusement, Jean-Claude est là pour la soutenir. Et c’est avec humour, bien qu’avec réalisme également, qu’elle nous présente son aventure, pour ne pas dire son parcours du combattant.

« Et si on se prostituait » est un témoignage qui n’emploie pas la langue de bois et qui dénonce une réalité qui ne fait pas toujours plaisir… Mais Eva a le mérite de s’exprimer sur le sujet dans cette nouvelle dont le ton léger permet de ne pas dramatiser le sujet abordé. Car même si la situation est effectivement dramatique pour nombre de jeunes comme Eva, elle a su présenter son expérience avec du recul et un cynisme qui lui va tellement bien…

Mon avis

Eva est au chômage depuis quatre ans. Pourtant, elle a travaillé dur pour obtenir son BTS édition, elle a tout donné pour le décrocher. Et pour quels résultats? Essuyer des refus – quand un employeur veut bien se donner la peine de lui répondre – , travailler pour la gloire en se disant que ça fera bien sur le CV, un peu d’expérience… Eva nous délivre un témoignage poignant, qui reflète bien la difficulté de trouver un emploi. “Nous connaissons tous une Eva“. Je suis une Eva, ça va faire trois ans que j’essaye avec difficulté de trouver aussi un emploi, alors quand je vois qu’elle parle de ce “service civique”, ou des formations inutiles que nous colle pôle emploi, je me suis très vite reconnue.

Nous suivons mois après mois Eva, face à ses efforts, ses désillusions, les employeurs peu scrupuleux qui n’hésitent pas à lui demander si elle vient de la part de quelqu’un, ou qui n’hésitent pas à briser ses espoirs en lui faisant miroiter un contrat, pour plus tard lui refuser. On a envie de l’aider, de l’épauler, de lui dire qu’elle y arrivera à s’en sortir. Elle y croit aussi, mais au bout de quatre ans, qu’espérer de plus?

Cependant, point de mélo-dramatique et d’apitoiement sur sois-même, l’auteure nous délivre son récit avec une touche de cynisme et d’humour noir qui fait sourire malgré le sujet. Avec Jean-Claude, son chat et sa colocataire Léa, elle pense quand même: “et si on se prostituait?” une idée jetée qu’elle ne réalisera pas, mais ce n’est pas sans rappelé les étudiantes qui ne peuvent et payer leur scolarité et leurs frais et qui décident donc de louer leur corps pour subvenir a leurs besoins. L’écriture fluide d’Eva nous emmènes à travers cette tranche de vie qui se lit très vite, en moins d’une heure j’avais bouclé cette nouvelle de 64 pages. Il n’y a pas vraiment de fin. On s’arrête au bout de quatre années d’intenses recherches avec une petit leçon de morale à l’intention des personnes qui pensent que les jeunes ne font rien pour s’en sortir, les mettant devant le fait accomplit: si ils ne la croient pas, qu’ils viennent donc passer un mois ou deux chez elle, pour comprendre un peu mieux ce qu’elle vit.

En bref, j’ai beaucoup aimé ce témoignage que nous délivre Eva et je me suis beaucoup reconnue à travers ces lignes. Je remercie le forum Have a Break, Have a Book et les éditions Edibitch pour ce partenariat.