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[Chronique] Nous sommes tous des féministes – Chimamanda Ngozi Adichie

[Chronique] Nous sommes tous des féministes – Chimamanda Ngozi Adichie

nous sommes tous des feministes


«Partout dans le monde, la question du genre est cruciale. Alors j’aimerais aujourd’hui que nous nous mettions à rêver à un monde différent et à le préparer. Un monde plus équitable. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ : nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement.» Chimamanda Ngozi Adichie aborde le sujet controversé du féminisme avec lucidité, éloquence et humour.

Mon avis

Ça faisait longtemps qu’on avait pas parlé féminisme par ici, n’est-ce pas ? Et bien nous allons rattraper ça avec Nous sommes tous des féministes, un incontournable. C’est la retranscription d’un TED Talk de Chimamanda Ngozi Adichie, autrice Nigériane née en 1977 et qui a gagné différents prix littéraires pour ses livres.

Dans ce TED Talk, elle revient sur son expérience en tant que femme noire, au Nigéria. Comment les hommes se comportent envers les femmes, ce mot « féministe » lancé plus comme un reproche qu’autre chose, comment les garçons et les filles sont élevées dans cette société patriarcale. L’impact que ça a aujourd’hui sur tout le monde. Car oui, vous l’aurez deviné au titre, nous sommes tous concernés par le féminisme.

C’est un discours féministe dans lequel je me suis beaucoup reconnue. Chaque phrase m’a parlée, m’a touchée. Tout est si vrai. Ce texte est très court, mais apporte tellement que je regrette de l’avoir laissé dormir aussi longtemps dans ma bibliothèque. Il est clair, accessible et va droit au but. C’est vraiment à la portée de n’importe qui – et j’insiste bien là dessus parce que c’est le genre de texte qui devrait être lu par le plus grand nombre.

L’exigence du féminisme militant

Cela reste l’expérience de Chimanda, donc évidemment son discours est hétérocentré et n’est que très peu inclusif. Personnellement, cela ne m’a pas plus dérangée que cela, pour deux raisons. La première, c’est son expérience à elle.
Et ensuite, on ne peut pas attendre que toutes les personnes parlant féminisme, le fasse en incluant toutes les minorités dans son discours. Une non-connaissance du sujet, un manque d’expérience, un oubli parce que l’on se focalise d’abord sur son ressenti… Bref c’est largement excusable.

C’est une chose que j’ai vu reproché à l’autrice, alors que cela ne devrait pas l’être. Et c’est aussi un problème du militantisme actuel, celui d’exiger que tous ses interlocuteurs soient forcément bien éveillés face à tous les sujets qui touchent de près ou de loin au féminisme. Alors que… Non, personne n’est à 100% déconstruit et connait ces sujets sur le bout des doigts, ou encore moins est safe. Et pour ça je vous renvoie à l’article de Buffy Mars sur Tout est politique, qui en parle mieux que moi 😉

Les Marieuses

Mais il n’y a pas que le TED Talk de Chimamanda dans ce livre, mais aussi « Les Marieuses« . Et cette courte histoire est vraiment très bonne ! En si peu de pages, je suis rentrée dans l’histoire, je suis tombée sous la charme. Cela se termine bien trop vite, une quarantaine de pages dont je suis arrivée très vite au bout. Qu’à cela ne tienne, j’ai découvert ici une autrice à la plume formidable, et il me tarde de découvrir ses autres livres !

En bref, Nous sommes tous des féministes, c’est un incontournable. Que l’on soit féministe ou non, l’ouvrage est à la portée de tous, et permet de s’éveiller un peu plus sur le sujet, tout en découvrant Chimamanda Ngozi Adichie. Au faite, je vous ai dit que c’était un coup de coeur ? 😉 

[Chronique] Le deuxième sexe, tome 2 : L’expérience vécue – Simone de Beauvoir

[Chronique] Le deuxième sexe, tome 2 : L’expérience vécue – Simone de Beauvoir

le deuxième sexe tome 2


Comment la femme fait-elle l’apprentissage de sa condition, comment l’éprouve-t-elle, dans quel univers se trouve-t-elle enfermée, quelles évasions lui sont permises, voilà ce que je chercherai à décrire. Alors seulement nous pourrons comprendre quels problèmes se posent aux femmes qui, héritant d’un lourd passé, s’efforcent de forger un avenir nouveau. Quand j’emploie les mots « femme » ou « féminin » je ne me réfère évidemment à aucun archétype, à aucune immuable essence ; après la plupart de mes affirmations il faut sous-entendre « dans l’état actuel de l’éducation et des mœurs ». Il ne s’agit pas ici d’énoncer des vérités éternelles mais de décrire le fond commun sur lequel s’enlève toute existence féminine singulière.

Cette édition est une limitée et numérotée de 1949, trouvée dans la réserve de la bibliothèque d’Avranches.

Mon avis

Après le premier tome, il est donc logique que je m’attaque au deuxième. Et ayant vu le film Les Suffragettes entre deux chapitres, j’ai pu faire le parallèle entre les deux et me rendre compte oh combien une femme était très compliqué à l’époque. Comparé à aujourd’hui, il n’y a pas photo, même si l’égalité homme-femme n’est toujours qu’un murmure et que le gouvernement vient de faire marche arrière à propos de l’article 14 de la loi contre le harcèlement de rue (parce que ça n’est jamais arrivé aux sénateurs, 90% d’hommes blancs hétéros et cisgenres*, donc le harcèlement sexiste n’existe pas. Et ouais). Bref.

Maintenant que nous avons vu la place de la femme dans l’histoire, d’un point de vue psychologique et d’un autre biologique, il est temps de nous intéresser à la vie de la femme : l’expérience vécue. On commence donc par la formation, dès l’enfance. Où débute le conditionnement ? Puis la vie de la jeune fille, avec ses impératifs comme se trouver un bon mari (avec une bonne position dans la société, of course), et qui va faire ses premières expériences sexuelles. Un chapitre est aussi consacré aux lesbiennes, où Simone de Beauvoir développe plusieurs pistes sur la façon dont les jeunes filles passent – ou non – par cette attirance sexuelle. C’est vraiment très intéressant de pouvoir mettre des mots sur tout ça !

Après cela, la femme a une situation, c’est une femme mariée, une mère, mais sa situation s’exprime aussi – et surtout – par sa place dans la société qu’elle a obtenu grâce à son mari. Mais il n’y a pas que des mères de famille mariées, Simone soulève un autre point : les prostituées – et les prostituées de luxe, qui n’ont que ce titre comme situation, et elle nous explique comment ces femmes vivent, comment elles en sont venu à se prostituer, comment elles le vivent.

A partir de là, l’auteure enchaine sur la justification (la narcissique, la mythique et l’amoureuse), mais ce sont des points vus et revus dans ce tome (et si mes souvenirs sont bons, dans le premier aussi), cela devient donc répétitif et une certaine lourdeur s’installe, bien que Simone nous prévienne à l’avance de ces répétitions. La conclusion sur la femme indépendante amène une lueur d’espoir, qui indique que tout n’est pas perdu, qu’il faut se battre, mais attention de ne pas perdre vos droits dans la bataille – on les perds si facilement en tant que femme…

Concrètement, j’ai trouvé le premier tome plus intéressant que le deuxième, qui s’adresse vraiment aux néophytes. J’ai tout de même appris pas mal de choses avec cette suite, mais qui est déjà au fait du combat féministe ne sera pas du tout perdu en lisant celui-ci. Avec en plus les témoignages de l’époque qui apportent une vraie plus-value à ce tome et apporte la preuve que tout ce qui est exposé dans L’expérience vécue est basé sur des faits, ce sont des arguments de taille qui nous en apprennent bien plus sur certaines situations que n’importe quel long discours sur le sujet.

En bref, je n’irais pas jusqu’à dire que Le deuxième sexe est la bible de la femme – il n’est plus d’actualité, les mentalités ont évoluées – , mais qu’il est une bonne base si on prend la peine de lire le premier tome pour comprendre plus en profondeur la nécessité du combat féministe. En revanche, le deuxième tome s’adresse très clairement aux néophytes qui voudraient comprendre le tout – la femme, le féminisme et le reste.

*cisgenre : Se dit d’une personne qui accepte son genre assigné à la naissance, pour faire simple. Pour en apprendre plus, c’est par ici !

[Chronique] Le deuxième sexe, tome 1 : Les faits et les mythes – Simone de Beauvoir

[Chronique] Le deuxième sexe, tome 1 : Les faits et les mythes – Simone de Beauvoir

le deuxième sexe tome 1


Nous commencerons par discuter les points de vue pris sur la femme par la biologie, la psychanalyse, le matérialisme historique. Nous essaierons de montrer ensuite positivement comment la « réalité féminine » s’est constituée, pourquoi la femme a été définie comme l’Autre et quelles en ont été les conséquences du point de vue des hommes. Alors nous décrirons du point de vue des femmes le monde tel qu’il leur est proposé ; et nous pourrons comprendre à quelles difficultés elles se heurtent au moment où, essayant de s’évader de la sphère qui leur a été jusqu’à présent assignée, elles prétendent participer au mitsein humain.

Cette édition est une limitée et numérotée de 1949, trouvée dans la réserve de la bibliothèque d’Avranches.

Mon avis

Quand on cherche des livres sur le féminisme, Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir est toujours cité. Mais attention, seul le deuxième tome est mis en avant, au détriment du premier. Et si je vous dit que même Madmoizelle, le célèbre site féministe ne met que le tome 2 en avant ? Malheureusement, je n’ai pas de lien sous la main parce que Madmoizelle se fait désindexer de Google à cause de son nouvel algorithme. J’apprécie ce site qui m’a appris les bases du combat des femmes, mais je reste toujours surprise de cette lacune. Bref.  Pourquoi au détriment du premier tome ? Imaginez une saga que vous commencez à partir du tome 2. Il vous manque donc une sacré dose d’informations.

En effet, comment comprendre le combat féministe si on ne sait pas comment cette société patriarcale  s’est montée et a asservi la femme sous forme de contrats de mariage ? Saviez-vous que la galanterie, c’est ce que les hommes ont trouvé comme argument pour que les femmes n’aillent pas au travail ? Car oui, ce que les hommes de l’époque voulaient mettre dans le crâne des femmes, c’était que si la femme allait travailler, elle n’aurait plus besoin de ce privilège qu’est la galanterie (lui offrir des choses, lui tenir les portes, ect…). Et des femmes y ont cru ! Et tout ceci, c’est dans le premier tome, comment passer à côté de ça ? Et je lis le tome 2 en ce moment, qui renvoie régulièrement vers le premier !

On ne naît pas femme, on le devient. Combien de personnes citent cette première phrase du tome 2, sans savoir qu’elle n’est autre que la conclusion du premier tome, et que Simone a su résumer dans cette seule et unique phrase ce qu’elle a démontré dans le premier. Simone revient sur la psychologie, la biologie, comment la femme a été catégorisée comme étant « Autre », d’où est parti cette classification.

On part d’abord sur les faits donc, pour dériver petit à petit sur les mythes que les hommes croyaient (et croient encore !) sur nous. Sur nos règles, nos humeurs, notre capacité à materner, ect… Que l’on retienne bien une chose : nous devons ceci aux hommes. Ce sont eux qui ont conduit ces études sur les femmes, sans aucune femme à leurs côtés. C’est encore le cas en France, on est des champions quand il s’agit de parler des minorités, de laisser des hommes cis-blancs hétéros prendre la parole alors qu’ils ne sont absolument pas concernés.

Concernant la lecture, si vous voulez lire cet essais féministe : accrochez-vous. C’est clairement de la philo : une introduction, des parties, des sous-parties, et une conclusion. Et Simone a du vocabulaire, alors gardez un dico pas très loin. Mais ça se lit bien, pour peu qu’on s’accroche. J’aurais voulu citer tout le livre pour illustrer mes propos, mais on me murmure que ce n’est pas possible, alors je vais conclure sur une citation de Simone, qui cite elle-même Poullain de la Barre :

 Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect, car ils sont à la fois juge et partie.

Lisez le premier tome, vraiment. Ne vous lancez pas dans le deux sans passer par cette étape !

[Chronique] Boys out ! – Rawia Arroum

[Chronique] Boys out ! – Rawia Arroum

boys out !


Depuis l’Éradication, le monde est gouverné par les femmes et pour les femmes uniquement. Les hommes n’ont plus le droit de cité. Tous sont bannis, ou bien traqués et placés en détention pour assurer leur seule fonction : la reproduction. Ensuite, systématiquement, ils sont éliminés. Comme toutes les jeunes filles de son âge, Lyra s’entraîne dur pour être capable d’affronter et de maîtriser les mâles qui rôdent encore. Jusqu’au jour où elle doit rencontrer un homme pour procréer à son tour…

Merci à Hachette et à Babelio pour cette lecture !

Mon avis

Boys Out ! est un livre qu’on ne présente plus. Dystopie qui fait beaucoup parler d’elle en bien sur la blogo ces dernières semaines, elle a réussi à séduire pas mal de blogueurs. En est-il de même avec la tenancière de ce blog? Petite plongée dans le monde de Lyra…

Un monde uniquement dirigé par des femmes, c’est une première pour moi dans le monde littéraire. Une idée très intéressante que voilà : un univers féministe qui bannit tout ce qui vient de l’homme et empêche la femme de s’épanouir dans sa féminité. Ainsi donc, il y a des tenues réglementaires, des coiffures réglementaires… Bref, on est en pleine dictature dont les jeunes filles en vive l’endoctrinement tous les jours.

Nous suivrons donc tout particulièrement Lyra, une jeune qui a été convoquée à la Structure pour faire son rôle de femme : avoir des enfants. Mais une fois en face de l’homme ses certitudes vont flancher. Lyra commence comme toute bonne héroïne de dystopie de base, mais elle a le mérité d’évoluer suite à son contact avec Loan, l’homme qui est censé être son destiné. Cependant, je ne me suis pas tellement attachée à Loan. Certes, il est un des moteurs de cette histoire, mais j’ai trouvé ses réactions par moment inappropriées pour certaines situations.

Le tout est bien écrit et l’univers est bien travaillé. Avec la plume fluide de Rawia Arroum, il m’a fallu quatre heures pour arriver à bout de ce roman. Cependant, il y a quelques incohérences qui m’ont un peu dérangée, mais dont je suis passée au dessus. A certains moment, j’ai trouvé l’histoire très prévisible également : par exemple quand on annonce que les sœurs Diva ne sortent plus de chez elles, ou quand on parle de Paradis ou quand Lisa explique la « tenue » des rebelles, j’ai très vite deviné ce qu’il en était.

Mis à part ces quelques défauts, j’ai tout de même apprécié ma lecture et j’en ressort satisfaite, bien que la fin soit extrêmement frustrante.