[Chronique] Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir – John Cleland

[Chronique] Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir – John Cleland

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Si Fanny Hill est à ce point une curiosité, c’est que la très prude Albion demanda l’interdiction en 1749 de « ce livre ignoble qui est une insulte à la religion et aux bonnes mœurs ». Au travers de ces Mémoires, John Cleland ne faisait que brosser le tableau des mœurs de son temps, lorsque le Tout-Londres s’encanaillait dans les bouges et les maisons closes… La jeune héroïne, orpheline, tombée dans les griffes d’une maquerelle, devient une prostituée de luxe. Mais si Fanny ne dédaigne pas le plaisir, elle place toujours la vertu au-dessus du vice et incarne un personnage très « moral » à des lieues des personnages sadiens. Des phrases élégantes, des tournures délicates, un petit bijou de lecture du xviiie siècle avec ce qu’il faut de piment pour en faire un grand classique de la littérature érotique…

Merci aux éditions La Musardine pour cette lecture !

Mon avis

Fanny Hill vient de perdre ses parents. Seule, elle n’a pas d’autres choix que de monter à Londres pour s’en sortir. Mais une fois sur place, la personne qui s’était chargée de l’aider la laisse en plan. Livrée à elle-même, elle va tomber dans les griffes d’une vieille maquerelle et deviendra une prostituée de luxe, d’abord privée, puis publique, le tout pour assurer sa survie dans cette grande ville. Dans deux longues lettres, elle raconte sa vie à Londres, entre plaisir et intrigues…

L’histoire ne commence pas directement avec Fanny Hill, mais par une introduction de 179 pages, soit la moitié du roman, de Guillaume Apollinaire sur Londres et ses bordels au XVIIIè siècle, se basant sur les écrits de Casanova. C’est une longue introduction qui permet de saisir la situation dans laquelle nous plonge John Cleland aux côtés de notre héroïne, et dans quel monde elle évolue. C’est donc très intéressant et c’est un point que l’on ne peut sauter, tant elle nous prépare à ce qui va suivre !

L’introduction lue, nous passons aux deux longues lettres de Fanny, relatant comment elle a quitté sa campagne natale, s’est faite dépucelée. Puis enfin comment elle en est venue à se prostituer, d’abord auprès d’un homme, puis devenir ensuite une prostituée de luxe « publique », vendant ses charmes à des jeunes hommes triés sur le volet.

Bien sûr, Fanny Hill prend du plaisir à tout ceci et a accepté la situation en toute connaissance de cause – le consentement du personnage est un point assez intéressant. Elle aurait pu se trouver un petit travail, dame de compagnie, faire du ménage… Elle s’est pourtant tournée vers un métier qui demande du courage, un métier pas facile où elle aurait pu tomber sur bien pire que la vieille maquerelle peu scrupuleuse, tout en gardant la tête haute.
Ce sont deux lettres avec de belles tournures de phrases, au vocabulaire soutenu, et exempt de toute vulgarité.

C’est un classique de la littérature érotique qui a été interdit en 1749, soit un an après sa publication… en Angleterre ! Et jusqu’à récemment, à Singapour. Et pourtant, pour l’Angleterre, c’est assez surprenant puisque si on se fie à l’introduction de Guillaume Apollinaire, les bordels étaient légions, et sous différentes formes !

En bref, Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir est un petit classique, que l’on préféra plus pour comprendre les mœurs de nos voisins outre-manche avec l’introduction bien fournie de Guillaume Apollinaire que pour son côté érotique. Cette nouvelle édition est à mettre sous le sapin des lecteurs avertis !

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