[Chronique] Grand écart – Claude H.

[Chronique] Grand écart – Claude H.

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Le troublant parcours d’un homme bouleversé par une religion nouvelle, celle de l’amour BDSM…

Professeur, mari aimant et père comblé, Guillaume n’en est pas moins en proie à des pulsions sexuelles masochistes. Lorsqu’il rencontre Paule, ce qui ne s’apparentait qu’à un «vice de forme» dans sa vie se mue en passion, et ses pratiques, cataloguées par le commun des mortels comme avilissantes, deviennent une obsession d’ineffables sources de jouissance… et de souffrances.
Avec cette dominatrice, et pour elle, débute l’écriture d’un cahier où il avoue expériences, doutes et déchirements d’une aventure SM extrême.

Témoignage d’un homme lucide et cultivé, Grand Écart est sans nul doute le titre approprié de ce roman dont les sentiments et les élans sexuels se fracassent contre le mur du péché. Un livre au style aussi dépouillé qu’évocateur, puissant et perturbant, érotique, pornographique et philosophique, qui en appelle à sonder nos propres abîmes et interroger leurs noirceurs.

Mon avis

Guillaume, la quarantaine, marié avec Séverine, père de deux enfants, dans l’attente d’un troisième, professeur des collèges, fervent croyant, mais aussi un homme déchiré entre sa religion, sa femme et sa sexualité, qu’il peine à accepter. Sa femme n’aime pas tout ce qui est sado-masochisme et le laisse donc voir en toute impunité sa maîtresse, Paule, du moment qu’elle n’en sait rien et qu’il remplit son devoir conjugal. Côté religion, Guillaume ne peut s’empêcher de penser aux règles édictées dans la Bible, et essaye de concilier les deux, ce qui n’est pas une mince affaire quand on assume pas vraiment sa sexualité… Nous allons le suivre à travers son journal, qu’il écrit pour Paule, une manière de l’aider à s’accepter tel qu’il est, en mettant des mots sur tout ça.

Notre narrateur, Guillaume, aime sa femme et ses enfants, aime son travail, aime sa religion, mais il aime aussi Paule et le sm, et essaye tant bien que mal de faire cohabiter le tout ensemble, tout en cherchant à s’accepter, ayant honte de ce qu’il est, de ce qu’il fait. Ce n’est pas ici une quête initiatique, mais surtout le témoignage d’un homme torturé qui ne sais plus vraiment où donner de la tête. C’est un personnage qu’on a envie d’aider, à qui on a envie de lui dire qu’il peut faire ce qu’il veut de son corps, que l’on prend en pitié et avec qui on vit ses moments de doutes.

Dans son témoignage, nous ne sommes pas loin d’oublier certains, comme Séverine et les enfants de Guillaume, qui eux sont au second plan et ne revienne que pour rappeler le déchirement de notre narrateur. Quant à Paule, nous la suivons quasi-tout le temps, étant donné que même quand Guillaume n’est pas avec elle, il ne peut s’empêcher de penser à elle et de la contacter,  sois pour se rassurer, sois pour la revoir. Paule est une personne extrêmement compréhensive, faisant de son mieux pour aider son soumis à s’accepter, passant sur ses moments de doutes et lui laisse une totale liberté, même quand celui-ci pense pouvoir s’éloigner d’elle pour faire taire ses idées « contre nature », pour mieux revenir quelques jours plus tard, comprenant que ça ne sert à rien. Cependant, Paule est très secrète, et nous n’apprenons rien de plus que Guillaume sur elle, sur sa vie privée, ou quoi que ce soit d’autre.

Les scènes de sexes sont très présentes et représentent bien les trois quarts du livre, mais l’auteur arrive tout de même à faire cohabiter l’histoire derrière, ce qui est assez plaisant. Les scènes sont merveilleusement décrites et émoustillantes, allant crescendo, partant de la simple scène sm à des scènes beaucoup plus extrêmes qui m’ont un peu moins plus étant donné que l’auteur commençait à parler d’urologie.

J’ai trouvé ce texte bien écrit, avec un vocabulaire assez enrichi, mais certains passages sont notés comme si c’était des prises de notes, des passages auxquels il n’y a pas de ponctuations ni même une certaine cohérence par moment, pour reprendre quelques lignes plus tard un texte écrit normalement. Des changements assez déroutant, mais on s’y fait vite.

En bref, Grand écart est une bonne petite lecture qui ne laisse pas indifférent et qui se laissera très certainement relire plusieurs fois.

Merci au forum Have a Break, Have a Book et aux éditions La Musardine pour ce partenariat.

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